Derrière le mythe de l’écran

Projet de Rémi Dauvergne, réalisateur de films expérimentaux et plasticien.
Création sonore : Boris Allenou.


Notes de Rémi Dauvergne :
Les surfaces miroitantes sont une source d’inspiration constante pour les praticiens de l’image. Le mythe de Narcisse illustre bien cette fascination pour la reproduction du réel, notamment sur une surface mobile et variable.

Après le concept de cadrage amené par le tableau est apparu celui de l’écran rétro-éclairé. Nous sommes passés à l’ère électronique et, d’une même façon, d’une représentation graphique et photographique à une représentation uniquement électro-graphique hybride.

Ce dispositif, malgré sa finesse, utilise en réalité deux entités pour générer une image : une dalle et une source lumineuse. Le support numérique a provoqué la disparition des phénomènes techniques qui nous rendaient sensibles leurs fonctionnements.
Ces objets deviennent plus imperméables et mystiques, car nous ne percevons plus leur fonctionnement interne. Nous entretenons avec eux un rapport semblable à celui que nous avons perdu avec notre propre corps.

Le passage du cinéma au numérique a par ailleurs induit une perte du noir ou, pour le dire autrement, il doit composer avec un noir trop peu opaque.

Intention :
Pour ce dispositif j’ai choisi de dissocier la dalle de l’écran de sa source lumineuse. Mon intention est de rendre à chacune de ces entités leurs dimensions. La dalle est une surface semi-transparente, une passoire à lumière, qui donne forme et couleur, c’est l’équivalent de la pellicule. Le problème est que le rétro éclairage nous prive d’un noir complet et homogénéise la lumière.

Pour retrouver un noir et refaire de l’image animée une réelle attraction, j’ai remplacé le rétro-éclairage LED par un projecteur vidéo. La dalle de pixels et le projecteur sont enfermés dans une chambre noire pour éviter toute lumière parasite et retrouver un vrai contraste. Pour donner un peu plus de texture à l’image un filtre artisanal est installé derrière l’écran.

Un film d’ombres diffusé dans l’écran, et un autre film de textures très contrastées vient éclairer le film.
La synthèse se fait donc en combinant les deux entités constitutives d’un écran.


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